Découvrir Leonora

Cette exposition au Musée du Luxembourg me faisait du coin de l’œil depuis un moment, mais je n’étais pas sûre d’aimer vraiment ces drôles de peintures surréalistes. C’est en écoutant l’interview des commissaires de l’exposition que j’ai été happée par l’histoire passionnante de la vie de Leonora Carrington. Direction l’exposition qui retrace le parcours de cette peintre du XXème siècle dont je n’avais jusqu’alors jamais entendu parler ! Mes études d’histoire de l’art dans les années 2000 ne mentionnaient nullement toutes ces femmes artistes qui sont remises à leur juste place aujourd’hui.

Leonora Carrington est née en 1917 en Angleterre où elle est imprégnée par les contes et mythes celtiques. Elle s’installe en 1938 avec Max Ernst dans le village français de Saint-Martin d’Ardèche (une porte issue de la maison qu’ils ont eux-mêmes peinte et décorée est montrée dans l’exposition). Max Ernst est arrêté par la police française en raison de sa nationalité allemande, et commence alors pour Leonora un long exil pour échapper à la guerre.

Elle se réfugie en Espagne mais n’y trouve que malheur et traumatisme. Violée par des soldats franquistes à Madrid, elle sombre dans une dépression et est internée dans une clinique psychiatrique où elle subit des traitements violents qui la marqueront à vie. Elle rejoint finalement New York où elle retrouve la communauté d’artistes surréalistes en exil, dont André Breton et Marcel Duchamp. Elle s’installe finalement à Mexico fin 1942 et y rencontre son futur mari avec qui elle aura deux fils.

Elle meurt en 2011 à l’âge de 94 ans dans ce Mexique d’adoption où elle était très engagée, notamment dans le mouvement de libération des femmes. Une vidéo diffusée dans l’exposition lui donne la parole un peu avant sa mort. Les images de cette vieille dame qui fume dans son atelier m’ont laissé un souvenir marquant.

L’exposition s’ouvre sur une série d’aquarelles réalisées par Leonora à l’âge de 15 ans. La série s’intitule « Sisters of the moon » et on y voit que des femmes fortes et puissantes. Ces dessins annoncent sa quête pour devenir une artiste. Elle sera peintre et écrivaine, créant des images et un langage mêlant le rêve, l’ésotérisme et la magie. Ses peintures sont peuplées de femmes fantômes, d’animaux et d’êtres hybrides.

Ainsi dans cette lithographie en noir et blanc, « Crookhey Hall » (1986), où elle représente la maison et le domaine de son enfance. Elle s’y représente en femme-hyène, un animal auquel elle s’identifiera dans plusieurs tableaux. Dans « Ballerina » (1954), la danseuse devient un curieux personnage, une créature imaginaire fusion de plusieurs bêtes à poils et à plumes.

Quelle magnifique photo que celle de ces « Quatre femmes endormies » prise par Roland Penrose en 1937 ! Leonora est en bas à gauche et, en haut à gauche, on reconnaît Lee Miller. J’ai été très émue par ce tirage en couleur, qui les rend si présentes à nos yeux qu’on les croirait vivre à notre époque.

L’expérience de la maternité a semble-t-il marqué Leonora Carrington. Certaines de ses œuvres représentent des scènes familiales comme « Le Bon Roi Dagobert » (1948), où le foyer occupe une place centrale. Cette huile sur toile, qui est aussi l’affiche de l’exposition, m’a plu par sa délicatesse et son atmosphère adoucie, ce qui n’est pas toujours le cas dans ses autres peintures. Je vous partage deux détails du tableau, dont un oiseau aux lignes rondes et épurées qui a capté mon attention.

La journée s’est terminée par un envol vers le Jardin du Luxembourg, voisin accueillant de l’exposition, où l’on peut, assis sur les fameuses chaises vertes, laisser doucement résonner dans sa mémoire cet univers tellement mystérieux aux frontières de l’esthétique et du spirituel…